Le Rhino

De la savane au baccalauréat, il n’y a qu’un … festival

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Noir sur fond bleu au départ, puis décliné de mille façons par une multitude d’artistes, le rhino se croise aussi une fois par an, en grand format sur des affiches 4 m X 3 m entre Saint-Etienne et Lyon. Depuis 1991, sa présence sur la voie publique, loin d’effrayer les passants, annonce le prochain lever de rideau sur le Festival de jazz. Un événement dont l’animal créé par le peintre Jacques Barry est devenu la mascotte au point de lui donner son nom.
Tout est parti d’une exposition des œuvres de l’artiste stéphanois lors de l’édition 1990 du festival. Invité à présenter ses toiles, il envahit le hall de la salle Jean-Dasté avec des rhinocéros. « Ce qui m’a plu, explique Jean-Paul Chazalon, c’est la bestiole elle-même, se force, la puissance qui s’en dégage. Entendant les concerts en même temps que je voyais ces rhinocéros, il y avait comme une évidente similitude. Je me suis donc empressé de proposer à Jacques Barry de concevoir l’affiche du festival suivant avec un rhinocéros ».
De son côté, Jacques Barry voyait aussi une logique à associer cet animal au jazz : « Il y avait ce côté caisse de résonance et la mise en scène de cet animal africain pour représenter une musique noire. Comme le jazz, le rhinocéros plonge ses racines dans un passé lointain », avec au final cette impression « de toucher à quelque chose d’éternel ».
Figure emblématique du Rhino Jazz(s) Festival, le rhinocéros est aussi très caractéristique de l’œuvre de Jacques Barry. « En peinture, j’ai eu un parcours à géométrie variable. J’ai cherché, beaucoup », indique le peintre. Laissant après quelques années les sujets académiques qu’il couchait sur ses toiles, Barry part en quête de son propre univers, d’un « sujet fondateur ». Vases et amphores, appréciés pour leur « côté mystérieux », « leur caractère primitif en soi », constituent son premier choix. « Le rhinocéros est arrivé après. Cela a ouvert une brèche », reconnaît l’artiste ligérien ; « j’avais trouvé avec lui mon sujet fondateur ».
« Lorsque j’ai peint mes rhinocéros, confie Barry, tout ce que j’avais appris ne me servait plus. Cela m’a obligé à lâcher prise. Et même si, aujourd’hui, je fais d’autres choses, il reste un fil conducteur ». Parmi les dizaines de toiles donnant vie aux murs blancs de son atelier, quelques unes de ces silhouettes familières se détachent, pour certaines encore inachevées.

Le bac en poche

Touché par ce rescapé de l’ère préhistorique, avec en tête les sites de Lascaux et de la grotte Chovet, Jacques Barry a conçu l’animal à partir d’une physionomie purement imaginaire. « Il n’a rien d’un modèle au sens académique du terme ». Et pour cause ! « Quand j’ai peint le rhinocéros, je n’en avais jamais vu en vrai. Je n’ai même pas fait de recherches. » Seules quelques représentations, aperçues occasionnellement, ont fourni le substrat nécessaire au travail du peintre. Un travail qu’il décline l’année suivante en donnant au rhino un compagnon qui, dès lors, sera son inséparable complice : le corbeau. Pour Barry, « le corbeau est, comme le rhinocéros, un animal qui a traversé les époques ».
Au fil des ans, le rhinocéros est passé de mains en mains, d’imaginaire en imaginaire devrait-on dire, pour chaque fois reprendre vie sous le pinceau ou le crayon d’un artiste différent. « Cela me touche beaucoup » ; Jacques Barry se dit encore « surpris » à chaque fois qu’il découvre un nouveau rhinocéros. Et bien que les traits de l’animal changent, il est devenu un véritable classique, allant même jusqu’à faire l’objet d’un sujet de baccalauréat !
En, 2004, les élèves de la série Artisanat et métier d’art option communication graphique ont effectivement eu à plancher sur le sujet suivant : « Chaque année depuis 25 ans a lieu dans la Loire un festival de jazz appelé Rhino Jazz Festival. […] Le premier traitement graphique de cet ensemble est devenu le logotype du festival, tandis que chaque année il est décliné pour devenir le visuel de toute la communication. Déclinez à votre tour cet emblème afin qu’il devienne le nouveau visuel du Rhino Jazz Festival[…] ». Un véritable cas d’école !